Comment dessiner un portrait ressemblant pour les débutants

Depuis que je donne des cours de dessin, le sujet du portrait est un de ceux pour lesquels on me sollicite le plus.

Dans la plupart des cas, les dessinateurs débutants souhaitent apprendre à faire des portraits parce que c’est un formidable moyen de faire des cadeaux ou de partager des souvenirs (dessin du portrait des enfants, des petits-enfants, d’une célébrité qu’on admire).

C’est pour cette raison que l’enjeu de la ressemblance est absolument déterminant lorsqu’on me demande d’expliquer comment faire pour dessiner un portrait réaliste.

La difficulté de la ressemblance

Le dessin de portrait est un sujet vaste.

Les meilleurs dessinateurs s’appuient sur de nombreux fondamentaux pour traduire de façon sensible les traits d’un visage : le dessin en volume, l’anatomie, le rendu des ombres et des lumières, et l’ajout de textures.

Pour un parfait débutant, c’est une montagne infranchissable. Il y a beaucoup trop d’aspects théoriques auxquels il faut penser simultanément.

Et plus on ajoute de techniques (de construction, de règles anatomiques, etc.), plus on s’éloigne de son sujet et moins le dessin est ressemblant !

Comment s’y prendre quand on ne sait pas du tout dessiner ?

Lorsqu’on débute en dessin, le plus simple est d’apprendre un aspect fondamental après l’autre. C’est la raison pour laquelle je vais vous montrer la meilleure voie à suivre aujourd’hui pour dessiner un portrait ressemblant en appliquant une quantité très restreinte de techniques !

Nous allons nous concentrer uniquement sur les techniques académiques de reproduction de sujet « à plat ».

Si vous suivez ma méthode étape par étape, vous obtiendrez à coup sûr un portrait ressemblant à votre référence photo. Essayez de ne pas sauter des étapes ou de prendre de l’avance (même si on meurt parfois d’envie d’ajouter des détails !)

Le résultat final ne sera pas un dessin ultra réaliste. Cependant, vous pouvez l’envisager. J’ai préféré vous orienter vers des pistes plus créatives à la fin de ma démonstration pour mêler une technique de « chercheur pragmatique » avec un côté plus ludique et fun.

Gardez en tête que, lorsqu’on commence le dessin, on progresse bien plus vite en multipliant les expérimentations rapides qu’en se concentrant sur un travail de rendu acharné sur un seul dessin (même si cela peut paraître contre-intuitif).

Comment choisir son sujet ?

Je vous l’ai promis ! Nous allons dessiner un portrait ressemblant ! Alors tâchons de ne pas nous mettre de bâtons dans les roues. Pour être sûr et certain de le réussir, nous allons nous appuyer sur un sujet facile à copier.

Voici les caractéristiques d’un sujet facile à copier :

  • Il n’est pas trop détaillé, autrement dit, on ne choisit pas une qualité de photo « HD » (c’est étonnant ? Je vous explique pourquoi dans la suite).
  • Il est en noir et blanc.
  • Les ombres sont marquées et peu diffuses (le bord des ombres est assez net).
  • Il n’y a pas trop de « valeurs » (c’est-à-dire de nuances entre les blancs et les noirs).
  • C’est le portrait de quelqu’un qu’on aime ou qu’on admire (par exemple de « Prince », vous connaissez Prince ?)

Le matériel

N’importe quel matériel est adapté. Cependant, je vous conseille surtout d’imprimer votre photo sur un document de la même taille que votre format. Pour le reste, nous pouvons dessiner avec ce que vous avez sous la main.

Pour ma part, j’ai utilisé une photo du portrait de Prince en A4, une feuille imprimante classique en A4, un crayon gris HB et des feutres à eau pour mon rendu final.

Garantir la ressemblance de votre portrait dès le départ

La ressemblance du portrait ne se joue que sur un seul critère : c’est le respect des proportions.

Les proportions, c’est le rapport des dimensions d’un élément ou d’un espace dans un ensemble. On trouve autant de rapports de proportion dans un corps (un pied fait en moyenne la longueur d’un avant-bras, par exemple) que dans un monument (une porte va avoir un rapport de proportion logique avec une fenêtre, qui aura elle-même un rapport logique avec la taille d’un adulte, etc.)

Dans un visage, c’est pareil. Sauf que si vous transformez un tant soit peu ces proportions, le résultat est impitoyable : vous dessinez un portrait qui n’est plus du tout ressemblant !

Alors, pour être sûr de proportionner convenablement, disposez votre format côte à côte avec votre photo. Ainsi, vous pourrez vérifier immédiatement que les éléments sont à la bonne hauteur les uns par rapport aux autres.

Durant les prochaines étapes, prenez régulièrement du recul sur votre dessin en l’observant de loin et bien parallèle à votre regard.

Astuce : vous pouvez utiliser votre smartphone pour le regarder de loin avec l’application « photo ».

Si vous avez un miroir, le fait d’observer régulièrement votre dessin à l’envers va également vous aider à corriger vos erreurs.

Observer sans interpréter

Si je vous dis « cheval blanc », vous imaginez un cheval blanc. Mais si on voit ce cheval dans la nuit et qu’on dessine ce cheval avec un blanc immaculé, on obtient un cheval lumineux ! Pas un cheval blanc.

Lorsqu’on commence le dessin, notre cerveau s’est déjà persuadé de connaître la forme d’un nez, d’un œil, d’une bouche, etc. Mais c’est sans compter sur toutes les subtilités (les joies ?) du dessin, qui font qu’absolument RIEN n’est en réalité comme on se l’imagine.

Déjà, tout le monde a un nez, une bouche, des yeux, etc. différents.

Et pour complexifier le tout, la forme de tous les éléments du visage est modifiée en permanence en fonction de l’éclairage, de l’angle de vue et même de la focale par laquelle on observe un visage (pour les photographes 🙂 ).

C’est la raison pour laquelle, dorénavant, vous allez vous BATTRE contre votre cerveau et l’empêcher de saboter votre observation !

C’est pourquoi, j’ai conseillé de prendre plutôt une photo d’assez mauvaise qualité est que les éléments du visage et les ombres se répartissent ainsi, à la façon des peintres impressionnistes, comme des taches abstraites. C’est une synthèse de ce qu’a capté la lentille de l’appareil photo.

Ces taches sont bien plus simples à copier puisque le cerveau ne les interprète pas.

Nous reviendrons là-dessus plus tard.

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Pour commencer à dessiner notre portrait, ne dessinons surtout pas notre portrait !

Nous allons tout d’abord établir les « fondations » de notre dessin.

Gardez en tête que ce sont des tracés qui ne seront pas conservés et tâchez d’être le plus léger possible sur votre crayon pour ne pas « marquer » votre support.

Comme c’est un sujet pour les débutants, je me focalise uniquement sur des techniques académiques de reproduction à « plat » et pas sur de la construction en volume.

Dans la première phase, vous allez poursuivre les repères horizontaux qui définissent le mieux la hauteur totale du visage et du buste de votre portrait.

Vous allez ensuite reporter, soit en estimant, soit en mesurant (par exemple en utilisant votre crayon), les repères verticaux qui définissent la largeur totale du visage et du buste.

Vous obtenez ainsi des blocs qui contiendront les éléments à venir du portrait.

Ajout des grands axes

Il est bien plus aisé de reproduire des lignes que des formes courbes.

C’est la raison pour laquelle nous allons poursuivre la construction de notre portrait en utilisant des segments.

En nous référant à nos boîtes précédemment dessinées, nous traçons les grands axes qui définissent les contours de notre portrait.

On travaille en deux temps.

Dans un premier temps, on estime l’angle de l’axe qu’on souhaite dessiner et on le trace sans se soucier de sa longueur.

Dans un deuxième temps, on reporte la longueur du segment (sans se soucier de son angle).

En fragmentant le travail de cette façon, on peut davantage se concentrer sur les points importants.

L’outil « magique » pour observer finement

Comme il est très difficile de se détacher de ce que notre cerveau interprète, et nous avons vu que cela pouvait nous jouer des tours ! Je vous présente l’outil magique pour ne pas vous laisser abuser par votre cerveau !

Au lieu d’observer la forme de la silhouette du visage, vous pouvez observer bien plus finement les formes définies par les espaces autour du visage.

On appelle ces formes les « espaces négatifs ». Ce sont des zones très faciles à copier puisqu’elles sont totalement abstraites.

Les espaces négatifs sont utiles pour les dessinateurs tout à fait débutants, mais ils se révéleront également être des zones très importantes pour les dessinateurs beaucoup plus avancés lorsqu’il sera question de composition.

En travaillant votre observation des espaces négatifs dès le départ, vous obtiendrez d’excellents réflexes dont vous tirerez parti dans les prochaines années.

Du global vers le détail

Il est primordial de conserver cette logique qui veut qu’on travaille en priorité de grands ensembles, et qu’on les affine progressivement et simultanément vers le détail.

Cela va vous permettre de conserver un rapport de proportion cohérent, mais également de conserver une unité dans le rendu de votre dessin.

Ce qui peut être déroutant, c’est qu’en tant que débutant, vous obtenez peut-être plus de résultats de cette façon pour le moment. Mais il y a de grandes chances qu’en ne développant pas de méthode de construction logique, vous ne progressiez plus du tout par la suite, et que vous vous enfermiez dans des automatismes.

L’axe central du visage

C’est le repère le plus difficile à placer lorsqu’on débute le dessin. Il s’agit d’une ligne invisible qui partage le visage en deux : la ligne de symétrie du visage.

Lorsque nous voyons un visage totalement de face, cette ligne est au centre du visage. Lorsque votre portrait est parfaitement de profil, elle est située sur l’extrémité de la silhouette du côté du visage.

Mais quand notre visage est tourné dans un sens ou un autre, cette ligne se déplace en fonction de l’orientation de la tête.

Si le portrait est en 3/4 face comme sur mon dessin, l’axe central du visage est bien plus proche du côté gauche que du droit, par exemple.

Placer cet axe n’est absolument pas indispensable si vous souhaitez simplement obtenir du résultat et un portrait ressemblant.

Mais s’entraîner à placer l’axe central du visage est une excellente habitude à entretenir pour aborder plus facilement les notions de dessin en volume par la suite. C’est pour cette raison que je vous encourage à le placer.

Affinage du dessin

C’est l’étape à laquelle vous ajoutez les courbes et vous précisez les traits de vos formes.

Vous avez en principe tous les repères pour affiner vos formes de façon plus précise.

N’oubliez pas de continuer à prendre du recul et à vous corriger en permanence pour avoir un résultat ressemblant.

Gardez en tête que vous ne devez pas penser aux formes comme à des éléments du visage (nez, œil, etc.), mais toujours décomposer les éléments en formes abstraites, faciles à copier.

Voyez les zones d’ombre comme des formes à copier.

Les zones d’ombre, comme les zones de couleurs différentes, dessinent des « taches ». On appelle ces taches des « masses ».

Le travail d’observation des masses est exactement celui qu’utilisaient les impressionnistes, qui se focalisaient sur la reproduction la plus fidèle possible de « l’empreinte rétinienne ».

Pour rester dans la logique de décomposition des étapes, nous traçons d’abord le contour des masses avant de travailler sur les valeurs (intensité du blanc, gris ou noir d’une zone).

À partir d’ici, vous avez un visage ressemblant.

Lorsque vous avez fini de tracer les contours des formes qui composent votre dessin, remplissez toutes les zones sombres (par la couleur ou l’ombre) avec une même intensité de gris et réservez le reste des zones en blanc.

Vous voyez alors apparaître un portrait ressemblant à votre photo !

Si vous le souhaitez, vous pouvez vous arrêter à cette étape et commencer un nouveau portrait (plus on dessine, plus on s’améliore !).

Faites parler votre créativité !

Vous pourriez continuer le rendu de votre portrait en affinant les valeurs pour obtenir un résultat photoréaliste. Mais je ne vous le conseille pas du tout.

C’est bien plus à votre avantage de finaliser vite vos premières créations et de multiplier les expériences !

Et pour ce faire, l’idéal est de multiplier les expérimentations ! Ainsi, munissez-vous du matériel qui se trouve à proximité (feutres d’écolier, stylo Bic, plume, etc.) et utilisez votre dessin pour faire des essais graphiques !

Ça peut vous faire peur parce que vous avez passé un certain temps à construire votre dessin, mais c’est également la partie la plus fun et qui vous permettra de découvrir un peu plus votre identité graphique.

Pour aller plus loin

Je propose régulièrement des ateliers de portrait. Vous y apprendrez davantage de notions d’anatomie, de mise en volume et de placement de la lumière.

Nous pouvons également revenir dans ces ateliers sur les notions que j’aborde dans cet article, afin de vous permettre de consolider vos acquis.

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